Analyse des concerts du samedi saison 2018

La saison 2018 a débuté le samedi 2 juin et s’est terminée le samedi 29 septembre. Elle a permis d’entendre dans 18 concerts des organistes de haut niveau d’origine très diverse: 10 de France, 3 d’Allemagne, 1 du Canada, 1 d’Australie, 1 d’Italie, 1 du Luxembourg et 1 de Tchéquie. Un seul concert combinait un instrument le haut bois et l’orgue. Tous ces concerts ont été suivis par une audience fournie avec le groupe de mélomanes avertis qui nous est toujours fidèle.

Franck Besingrand – Samedi 2 juin

Pour le premier concert de la saison, beaucoup de monde s’était déplacé pour entendre Franck Besingrand que nous avions déjà invité il y a plus de vingt ans.

L’artiste a mûri et, au sommet de son art, a fait entendre de très nombreux auteurs dans des œuvres parfois inconnues du grand public. Son jeu est subtil et s’est adapté parfaitement à l’instrument qu’il a su bien maîtriser.

Maryam Haiawi – Samedi 9 juin

Concert hommage à Jeanne Demessieux, enfant de Montpellier. Maryam a fait ressortir parfaitement les deux aspects de Jeanne Demessieux : l’élève de Marcel Dupré et la compositrice dans la lignée de son Maître.

Cette très jeune concertiste, a hypnotisé le public qui a assisté à une prestation où la musicalité à fleur de peau de l’artiste se mêlait étroitement à une technique virtuose, époustouflante, faisant retentir sous les voûtes séculaires des œuvres jamais jouées pour cause de virtuosité indispensablement de très haut niveau.

Jérôme Faucheur – Samedi 16 juin

L’organiste qui venait du froid a réchauffé le cœur du public avec des œuvres de découverte (Eberlin, Tinel), des œuvres de curiosité émoustillée (Duruflé, Dupré), une œuvre de confirmation (Bach), une œuvre de quiétude (Lesur).

Jérôme Faucheur : un organiste ch’ti, rigoureux et méthodique, à la recherche de la juste sonorité.

Antonio Caporaso – Samedi 24 juin 

Concert avec une alternance délibérée de baroque, de romantisme et de contemporain. Le calme apparent du style de Antonio Caporaso a été particulièrement remarqué. L’artiste a recherché des sonorités nouvelles notamment dans les deux œuvres de Messiaen « Jésus accepte la souffrance » et « le banquet céleste ». L’œuvre de Perugini Toccata « Z » montre, là encore, une alternance de plans d’allure atonale et des éclairs d’aspect modal. Incohérence…comme le prétend l’auteur? Seulement une rapide et intense communion avec l’artiste qui a su jouer sur tous les tableaux.

Le concert se terminait par le grandiose prélude et fugue en si mineur de JS Bach. Dans cette œuvre, et malgré le choix des mêmes jeux pour la totalité de la pièce, Antonio Caporaso a su maintenir le public en haleine avec une bonne maîtrise des tempi et la mise en valeur du contrepoint dans la fugue de ce diptyque.

The choir of Trinity College (Melbourne -Australie) – Samedi 30 juin 

Concert de très belle facture proposé par de jeunes étudiants australiens sous la direction de Christopher Watson. Qu’il s’agisse du choix des auteurs, de la qualité des voix, de leur homogénéité, de la direction souple mais ferme de Christopher Watson, tout était en place pour conquérir un public plutôt habitué aux concerts d’orgue.

A noter la brillante prestation de Tom Baldwin qui a interprété de façon magistrale le final de la première sonate de Guilmant. Le public a beaucoup apprécié ce concert et a réservé aux artistes des applaudissements nourris et enthousiastes.

Vincent Warnier – Samedi 7 juillet

…ou un organiste qui découvre un orgue complexe et livre tous les secrets détenus à l’intérieur du buffet. D’aucuns pourraient qualifier l’artiste de coloriste, la majorité des auditeurs a apprécié la clarté du jeu et la recherche de la netteté.

Le contrepoint très serré dans Bach a été révélé et parfaitement compris du public. Jehan Alain a été revu et corrigé dans une vision plus humaine. Dans Duruflé (prélude, sicilienne, toccata), le concertiste a dévoilé sa parfaite technique dans des pages d’une virtuosité exigeante au service de la musicalité. Du grand art.

Othar Chedlivili – Samedi 14 juillet 

Après deux chorals de l’autographe de Leipzig de JS Bach, peu joués en concert, c’est Giuseppe Morandi qu’ Othar Chedlivili nous a fait découvrir : Morandi avec son rondo campanile avec cloches, clochettes, bourdons à la volée…le tout avec des effets d’écho dans la campagne florentine. Pièce curieuse, originale et sympathique.

Rogers, auteur américain des année 1920, était joué pour la première fois sur l’orgue de la Cathédrale avec son « ouverture de concert ». L’auteur US a obtenu un bon succès d’estime. Vint ensuite une petite danse reposante mais malicieuse de Mons Leidvin Takle (« organ is dancing »), puis fin du concert avec deux pièces de Louis Vierne. Après la délicate et émouvante « stèle pour un enfant défunt », le titulaire de l’orgue nous proposait le « Carillon de Westminster » qui terminait ce concert de façon brillante.

Jean Dekyndt – Samedi 21 juillet 

Pas de vidéo pour ce concert : Festival de Radio France Occitanie et scène agrandie obligent. Dommage pour un public qui aurait apprécié la variété et la complexité de la registration de l’offertoire de Couperin, la fausse simplicité du redoutable prélude et fugue WBV 543. Mozart est resté enchanteur dans sa fantaisie en fa mineur avec la recherche du concertiste des sonorités les plus adéquates à la compréhension du génie de Salzbourg.  Mendelssohn désespérément classique? Démenti flagrant  avec une nouvelle et remarquable utilisation des jeux romantiques de l’instrument dans la 6ème sonate mais aussi dans l’allegro de la 2ème symphonie de Vierne.

Concert brillant et vivant donné par un artiste à la recherche de l’excellence dans une musique sublimée par une virtuosité tout à fait remarquable.

Roger Goodwyn – Samedi 28 juillet 

Cet organiste luxembourgeois avait décidé de nous étonner (il y est arrivé) en mettant à son programme des œuvres peu connues et peu jouées. La deuxième symphonie de Widor, inhabituelle dans sa forme, combinait différents types de mouvements que l’organiste a su mettre en valeur malgré des sonorités quasi identiques pour la majorité des mouvements.

La symphonie de Lemare, jouée pour la première fois sur l’instrument de la cathédrale, alternait l’excellence académique et les passages virtuoses. Roger Goodwyn a interprété ces pages  avec force et intensité, rendant ainsi hommage à l’auteur dont l’apport au répertoire de la musique d’orgue est indéniable.

Andreas Meisner –  Samedi 4 août 

Précision, délicatesse, musicalité, technique virtuose, recherche de sonorités nouvelles, découvertes de pièces nouvelles…tout était là pour un concert mémorable, particulièrement apprécié par un public connaisseur et exigeant.

Un énorme bravo à l’organiste d’Altenberg qui a su faire vibrer son auditoire, un auditoire attentif à la finesse de ses interprétations. Un immense merci à Andreas pour sa simplicité et sa capacité à partager ses émotions.

František  Vaníček –  Samedi 11 août 

Invité pour la troisième fois à Montpellier, cet organiste tchèque, Professeur à l’Université de Hradec Králové, a proposé en bon pédagogue des œuvres courtes du répertoire liturgique, très souvent utilisées au cours des cérémonies religieuses. Après Bohuslav Martinu et Jiří Strejc, auteurs tchèques certes connus dans leur pays d’origine mais peu joués à l’extérieur, František a interprété la très célèbre toccata, fugue et Hymne sur l’Ave Maris Stella de Floor Peeters.

 

Le public a beaucoup apprécié ce concert puisqu’il  a « exigé » de l’artiste deux bis. Une standing ovation tout à fait méritée.

Damien Simon – Samedi 18 août

Cet organiste strasbourgeois a eu le courage (certains diraient la témérité) de proposer des œuvres très connues du grand répertoire organistique.

Damien Simon a conquis son public par la subtile adéquation entre les sonorités et le style des œuvres interprétées Ses recherches de sonorités et les solutions qu’il proposait ont fait découvrir à de nombreux spectateurs la très grande richesse de l’instrument.

Mélanie Barney – Samedi 25 août 

La fraicheur de cette jeune canadienne s’est retrouvée dans son style! Après les principaux mouvements de la 1ère symphonie de Vierne joués « carrés » mais avec une extrême délicatesse, Mélanie Barney a  donné le « prélude à l’après-midi d’un faune » de Debussy. C’était une première audition sur l’orgue de la cathédrale particulièrement réussie grâce à la possibilité de l’instrument et de son combinateur de réaliser des nuances subtiles et variées.

Un clin d’œil à son pays avec les variations de Bédard sur « O Canada » enlevées avec précision, fougue…mais charme. Une fin de concert avec le carillon de Mulet, pièce exigeant une virtuosité et une technique implacables. Le public a réservé un énorme succès à cette organiste ayant la musique à fleur de peau. Un bis : la Sicilienne de Maria Theresia von Paradis. Aérien, éthéré, paradisiaque…comme le concert.

Christopher Hainsworth – samedi 1 septembre 

Un programme pour tous les goûts, original, désopilant, humoristique, curieux…mais toujours intéressant. Les grandes œuvres du répertoire ont été merveilleusement interprétées.

Le concertiste explique pourquoi celles exhumées, celles qui sont restées dans les placards et dans la poussière des greniers n’ont pas été jouées. Il explique pourquoi il les a sorties d’un purgatoire plus ou moins justifié. Explications convaincantes et documentées. Le public a réservé un bel accueil à ce concertiste qui lui a servi une sympathique improvisation sur le thème des vendanges. Normal pour un musicien qui apprécie le bon vin du Midi…toujours avec modération!

Sylvain Pluyaut – samedi 8 septembre

Les Bourguignons, qu’il s’agisse de musique ou de nectar divin, sont particulièrement bien placés au box office du plaisir des sens. Sylvain Pluyaut nous en a fait une extraordinaire démonstration.

Rameau revisité sous ses doigts, c’est fin, intelligent. Pour Balbastre, le concertiste témoigne de l’art de  l’élève de Rameau d’utiliser les possibilités des grands instruments de son époque. Pour Fleury, Sylvain Pluyaut a su mettre adroitement en valeur son écriture symphonique et polyphonique avec un souci de clarté intensifié par une registration faisant volontiers appel aux mixtures. La profondeur, la densité, la complexité de l’œuvre de Berthier fut mise en évidence par trois de ses danses ecclésiastiques.

Démonstration magistrale du savoir faire de ce maître de l’improvisation : sur le thème et les variations du « je suis fier d’être bourguignon », le public est resté médusé par une telle science de l’improvisation. Rappels enthousiastes bien mérités.

Samedi 15 septembre – Pierre Seyte

Obligation de moyens bien remplie par l’organiste montpelliérain qui, dans son programme, a astucieusement choisi des œuvres bien connues du public (Muffat, Grigny, Marchand, Bach) et d’autres, moins jouées, mais d’une très grande beauté (Boëly, Rachmaninov, Vierne, Mulet).

Connaissant parfaitement l’instrument, Pierre Seyte a volontairement choisi des tempi pas trop rapides de façon à bien faire entendre tous les détails des partitions et faire comprendre la volonté des auteurs. Choix clair et parfaitement pertinent car peu d’interprètes se lancent dans une telle aventure.

Samedi 22 septembre – Suzanne et Henk Galenkamp 

La sonorité du hautbois de Suzanne Galenkamp est particulièrement remarquable : chaude et attachante, simple et extériorisée. Dans une communion parfaite avec l’orgue, l’artiste a sublimé les mélodies de Saint-Saëns et de Renaldo Hahn, faisant preuve de sa très grande maîtrise de l’instrument dans l’adagio de la sonate de Rheinberger.

Henk dominait son sujet dans les œuvres de Buxtehude et de Rheinberger (dont il a joué en concert à travers le monde la quasi totalité de ses sonates pour orgue).

Le choix des œuvres fut important : découverte d’une littérature anglaise et germanique peu jouée. Le couple s’est lancé dans cette aventure avec bonheur. Pour le plus grand plaisir des auditeurs qui ont bénéficié d’un Ave Maria de Caccini sobre, discret mais…émouvant.

Samedi 29 septembre – Jacques Bétoulières

Pour le dernier concert de la saison, Jacques Bétoulières avait choisi d’entourer deux œuvres d’Olivier Messiaen par des auteurs baroques allemands. Excellent choix.

Que ce soit dans l’Apparition ou dans Dieu parmi nous, Jacques nous a fait ressentir le pouvoir effrayant mais impressionnant du divin. Certes, on a apprécié son interprétation et son rendu des œuvres interprétées en termes de timbres, d’atonalité. Mais surtout, l’artiste nous a fait découvrir  une musique de l’inattendu et a su merveilleusement mettre en valeur le sens profond, le sens du divin par un son terrifiant pour des oreilles insensibles au sérialisme et à la musique classique moderne. Inattendu mais ô combien rassurant!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *